15 Mar

La vache verte

« Un petit garçon se donnait bien du mal un jour pour colorier une vache en vert. Son maître s’approcha et lui dit : « Voyons ! Il n’y a pas de vaches vertes ! Cela n’existe pas ! », ce à quoi l’enfant répondit calmement : « C’est bien pourquoi j’en fais une ! »

Ce bref dialogue condense de nombreuses informations sur une attitude fréquente des adultes à l’égard des enfants. La remarque du maître impliquait que l’enfant – observateur s’il en est ! – ne s’était pas aperçu qu’il n’existait pas de vaches vertes, ou que, s’il l’avait remarqué, il commettait une faute en coloriant une vache dans cette teinte qu’elle n’a pas dans la nature.
Cette remarque, non sollicitée, témoigne d’un manque de respect pour l’enfant et d’une méconnaissance de son intelligence et de sa capacité à observer et à faire des choix autonomes.

Ce garçon, heureusement pour lui, était solide affectivement, mais des enfants plus fragiles se montrent parfois découragés au point de désespérer lorsque leurs initiatives sont désapprouvées par des remarques d’adultes, même lorsque celles-ci partent d’une bonne intention. L’enfer est pavé de bonnes intentions, dit-on, mais ce dicton ne prend-il pas une résonance sinistre lorsqu’il s’agit des bonnes intentions de l’adulte et de l’enfer de l’enfant ? »

Extrait d’Educateurs sans frontières de Renilde Montessori, petite fille de Maria Montessori.

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27 Oct

L’Enfant Nouveau par Maria MONTESSORI

L’Enfant Nouveau

par Maria MONTESSORI

conférence donnée à la Sorbonne (faculté de médecine) le 2 avril 1931

La transformation de l’éducation est devenue si universelle qu’elle sort aujourd’hui du cercle des compétences et fait partie des plus grands problèmes sociaux. On comprend, en effet, à l’heure actuelle, que les progrès sociaux sont en rapport non seulement avec les applications de la science qui ont transformé la vie extérieure, mais aussi et surtout avec les applications d’une science susceptible d’aider l’homme dans la période de son développement : c’est-à-dire l’Enfant. Voilà pourquoi les sciences modernes qui se rattachent à l’éducation intéressent non seulement les savants et les éducateurs, mais aussi les parents et le public en général. Tous connaissent les deux pivots sur lesquels gravite la pédagogie moderne : l’un est l’étude et la formation de la personnalité (c’est-à-dire la connaissance de l’enfant dans ses caractéristiques propres), pour le diriger ensuite selon ses tendances reconnues ; l’autre est l’obligation de laisser l’enfant libre. C’est la vieille question de la liberté dont l’origine remonte, en France, à J.-J. Rousseau, son précurseur théorique. Mais il est reconnu par tous que la pédagogie nouvelle a rencontré des obstacles difficiles à surmonter ; elle s’est trouvée en face d’une quantité de problèmes à résoudre. Le mot problème est devenu, en effet, caractéristique dans ce circuit de recherches : on entend parler des problèmes de l’école, des problèmes de la liberté, des problèmes de l’intérêt et de l’effort, etc., alors que dans les autres branches de la science on entend parler de lois : lois de la propagation de la lumière, lois de la gravitation, etc. Dans les sciences, les problèmes sont généralement les parties cachées et préparatoires auxquelles on n’accorde pas d’importance ; ce qui entre dans le domaine de la science, c’est la découverte et la solution des problèmes.

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